Si les parisiens connaissent bien les passages couverts des Grands Boulevards comme , la Galerie Vivienne , la Galerie Colbert , le Passage des Panoramas , le Passage  Brady etc. , peu connaissent la Galerie Véro-Dodat , qui semble tout droit sortir d'un roman de Balzac . Il est la caractéristique même des opérations immobilières spéculatives de la Restauration .

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    Le passage Véro-Dodat , voie privée , a été ouvert en 1826 . Il occupe l'emplacement des dépendances de l'hôtel Quatremer . Dreux d'Aubray y fit construire son hôtel particulier . Dreux d'Aubay ( Messire Dreux d'Aubray , conseiller du Roi et lieutenant civil de la ville , prévôté et vicomté de Paris , sous la régence d'Anne d'Autriche ) . Il  fut empoisonné en 1666 ( ainsi que ses deux fils en 1670  ) par sa fille , la célèbre  Marquise de Brinvilliers  , exécutée en 1676 après un long procès au cours duquel elle se refuse , même sous la torture ,  à tout aveu . L'Hôtel fut vendu en 1671 au trésorier Jean Dalliez qui le vendit à son tour en 1675 au secrétaire du Roi Antoine Pélissier . Après la mort de celui-ci en1696 il appartint à la femme du riche trafiquant Paul Poisson . Puis il appartiendra successivement à Piager de La Brosse en 1709 , à son petit- fils le Marqui de Vérac en 1750 , au Fermier Général du Haudry en 1755 et enfin au notaire de Quatremer en 1774 et à sa fille en 1800 .

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                LA MARQUISE DE BRINVILLIERS

   Benoît Véro charcutier rue Montesquieu achète l'hôtel en 1823 . Il le fait raser pour édifier avec son associé Dodat , charcutier rue du Faubourg Saint-Denis , la maison et le passage actuel  qui relie la rue du Bouloi à la rue Jean-Jacques Rousseau entre le Palais-Royal  et les Halles. Ils firent construire une galerie néo-classique . Les devantures de ce passage   en grande partie vitrée associent le bois sombre avec des ornements  en cuivre et fonte qui forment des arcades en  plein-cintre avec des miroirs , des peinture , des colonnes . Un sol pavé d'un damier de marbre noir et blanc avec un plafond de faible hauteur ( décoré de peintures de paysages ou de déesses antiques  ) donne une illusion de profondeur , le tout  étant éclairé avec des globes de lumière . Ce passage sera un des premiers endroits de la capitale éclairé au gaz . Il offrait un raccourci plaisant entre ces lieux alors très fréquentés et fut rapidement adopté par les parisiens ( la rue du Colonel-Driant ne fut percée qu'en 1915 ) . Cette galerie doit aussi son succès à la boutique des " Messageries Lafitte et Gaillard , située face à l'entrée de la galerie Véro-Dodat rue Jean-Jacques Rousseau . Les voyageurs qui attendent leur diligence  ( qui desservent la France entière ) , vont flâner parmi les magasins à la mode . Les messageries Lafitte et Gaillard concurrencèrent très sévèrement  les messageries Royales qui possédaient le monopole du transport  des passagers pour toute la France . Ce quartier était devenu l'un des principaux lieux d'où l'on quittait Paris . L'animation créée par les voyageurs était présente dès cinq heures du matin !!! Les boutiques s'ouvraient attirant la clientèle des voyageurs en instance de départ . Parmi elles , la boutique de Mr Bontoux , célèbre traiteur parisien , dont la renommée se fit dans le passage grâce à la beauté de sa caissière .  Mais aussi l'imprimeur Aubert qui vendait les célèbres journaux  " Le Charivari " et la " Caricature " . Les dessins de Daumier , Gavarni , Cham ou Grandville attiraient une double haie de curieux à la devanture du magasin surtout pendant les premiers moments du gouvernement de 1830 .

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    A l'entrée de la galerie se trouvait le pittoresque " Café de l'Époque " qui fut fréquenté jusqu'en 1855 par le poète Gérard de Nerval . La jeune comédienne Rachel habitera au n°23 de la galerie en 1836 . Le second Empire et la disparition des Messageries Lafitte et Gaillard ( due en grande partie à l'apparition du chemin de fer puis de l'automobile ) marquèrent le déclin de la Galerie . l'imprimeur Aubert disparut et fut remplacé par un marchand de malle 

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  Le galerie fut restaurée dans les années 1980 , ce passage continue à fasciner les promeneurs . Aujourd'hui parmi les nombreuses boutiques très élégantes d'ameublement , de décoration , de galerie d'art et de livres anciens on peut  citer :au n°19 l'excellent restaurant " Le Véro-Dodat " où l'on déguste pour un prix modique une cuisine d'excellence que j'ai tout particulièrement apprécié , au n°23 celle de Robert Capia spécialiste de poupées anciennes au désordre savamment agencé , au n° 35 une brasserie , au n° 36 l'atelier de Christian Laboutin créateur de souliers . Offrez vous une petit retour dans le temps passé , allez flâner dans cette galerie d'une autre âge  !!!