LES CHEVAUX A PARIS

    On peut difficilement imaginer aujourd'hui ce qu'était le paysage Parisien à l'époque où le cheval était omniprésent , seules les peinture , les gravures anciennes et les vieilles cartes postales nous en donne une impression fidèle  .

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        Jusqu'en 1914 , le cheval était partout dans Paris . Il agrémente les équipages des riches familles aristocratiques qui circulent dans les quartiers chics de Paris . On peut encore voir de nos jours dans les cours des hôtels particuliers et des riches demeures parisiennes  les anciennes écuries et remises , transformées souvent en garage  pour les automobiles. Il distingue le dandy de l'élégant suivant les montures utilisées , participe aussi à la passion naissante du sport et de la vitesse . Les allées du Bois de Boulogne et le Cours de la Reine sont empruntées le dimanche par toute l'aristocratie parisienne , véritable rituel où l'on vient tout autant pour voir que pour être vu !!!  Le cheval est véritable un art de vivre !!! Quelle maîtrise et quel effort pour guider l'animal , comme l'apprirent à des générations de cavaliers et d'écuyers des maîtres comme le Comte d'Aure , Baucher et autres disciples de Pluvinel dans les nombreux manèges de la capitale ( voir l'article que j'ai consacré au Manège de la rue Duphot ) .

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      Mais le cheval appartient aussi à l'univers des plus humbles . Tous les jours des milliers de voyageurs fréquentent les voitures de la Compagnie Générale des Omnibus et les plus pressés hèlent un fiacre de passage . Le cheval est utilisé dans presque toutes les professions pour assurer les déplacements , depuis les simple charrettes des maraîchers qui se rendent aux halles ,  les voitures de livraisons diverses , les voitures de pompiers etc... jusqu'aux lourds charrois de pierres , de terre ,  de pièces de vin , de meubles  etc. où  il n'est pas rare de voir des attelages en flèche de quatre à cinq chevaux . C'est lui aussi qui nous accompagne à notre dernière demeure attelé au corbillard !!!

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A la fin du XIX ème siècle Paris comptait plus de 80 000 chevaux qui nécessitaient bon nombre de maréchaux-ferrants , de  bourreliers , de selliers , de charrons , maquignons , équarrisseurs , sans oublier , malgré la réticence des parisiens , l'apparition des premières boucheries chevalines  ( La première boucherie chevaline à Paris date de 1866 )   On construisit des édifices qui ont marqué l'architecture de la capitale pour abriter les chevaux et leurs voitures . Ce sont d'abord les grandes écuries du Roi et des princes , à l'image du merveilleux assemblage de boxes , de stalles , d'abreuvoirs , de bassin , de remises et de manèges que le Comte d'Artois fit bâtir rue du Faubourg-Saint-Honoré. Au XIX ème siècle la bourgeoisie commerçante prend le relais , édifiant pour ses affaires de grandes écuries et leurs dépendances à proximité des grands magasins , rue du Bac pour le Bon Marché ou dans l'île de la Cité pour le Bazar de l'hôtel de Ville. Les cours des hôtels particuliers disposèrent plus modestement de ces édifices . Beaucoup de maisons parisiennes possédaient des écuries et des remises plus où moins importantes .

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      Les chevaux parisiens seront réquisitionnés pendant la guerre 14-18 , où ils paieront un lourd tribu !!! Petit à petit l'automobile fera son apparition dans le paysage parisien . Les chevaux disparaîtront  presque complètement  de Paris après la guerre de 39-40 . Reste aujourd'hui de ce monde disparu les chevaux de la Garde Républicaine qui accompagnent toujours les grandes solennités parisiennes sans oublier leurs missions de surveillance , ainsi que quelques lieux privilégiés qui perpétuent une tradition d'excellence cavalière , comme le Centre Équestre du Bois de Boulogne . Mais c'est surtout dans ses trois hippodromes parisiens : Longchamp , Auteuil et Vincennes que la foule des parieurs peut encore communiquer dans la passion de la plus noble conquête de l'homme .

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 Réquisition des Chevaux  Hippodrome d'Auteuil   Garde Républicaine

            

 LES MARCHÉS AUX CHEVAUX DE PARIS

     Le marché aux chevaux était très important à une époque où le cheval et la mule étaient le principal moyen de locomotion de qui n'allait pas à pied . Comme vous allez le voir ses emplacements successifs furent nombreux à travers Paris . La profession de marchand de chevaux ( maquignons ) a toujours été libre à Paris , si le livre de la taille de 1292 n'en dénombre que trois , ils seront une centaine à la veille de la Révolution . Peu à peu ils déclineront : 118 en 1900 , 83 en 1914 et le chiffre ne cessera de baisser . Le  riche VIII ème arrondissement est le plus gros acheteur , , le reste se concentrant dans le XII ème et le XIII éme , à proximité du marché aux chevaux .

      Le premier marché aux chevaux semble avoir été crée vers  1475  au  " Pré Crotté " , entre les rues Garancière et et de Tournon .

De 1565 à 1605

      Le marché aux chevaux occupe l'emplacement de l'Hôtel des Tournelles  ( près de la Porte Saint-Honoré  ) qui deviendra la future place des Vosges . En 1388 le Chancelier de France , Pierre d'Orgemont , fit bâtir sur le côté nord de l'actuelle place des Vosges une vaste et belle maison dont les jardins étaient entourés d'un mur garni de nombreuses petites tours ; d'où le nom d'Hôtel des Tournelles . Son fils Pierre ; évêque de Paris le vendit en 1402 au duc de Berry , frère de Charles V , qui l'échangea en 1404 contre un Hôtel que Louis d'Orléans , frère de Charles VI possédait rue Saint-Antoine . Après l'assassinat en 1407 du Duc d'Orléans par son cousin germain  Jean sans Peur l'hôtel rebâti et agrandi , fut acheté par la Couronne et devint la Maison Royale des Tournelles . Le roi Charles V vint parfois habiter cette demeure . Après lui le duc de Bedford , régent de France finit de l'aménager et de l'embellir . Cet ensemble construit sur le modèle de l'hôtel de Saint-Pol . Il comprenait plusieurs demeures distinctes , des chapelles , des étuves , des communs ... réunies par douze galeries de cloître et des préaux découpant deux parcs , six jardins , des petits bois des prés ( dont le nom de la rue du Foin rappelle le souvenir ) des ménageries et un labyrinthe . Après le duc de Bedford cet Hôtel fut habité , lorsqu'ils résidaient à Paris par Charles VII , Louis XI , Charles VIII , Louis XII qui y mourut en 1515 , François Ier et , enfin Henri II qui y décéda aussi , le 10 juillet 1559 après avoir été mortellement blessé dans un tournoi , par Gabriel de Montmorency . Après sa mort tragique , sa veuve , la reine Catherine de Médicis prit ce séjour en horreur . Elle le quitta en faveur du Louvre et , en 1653 ordonna sa démolition . Il n'en reste aucune traces aujourd'hui .

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                              HÔTEL  DES  TOURNELLES

      On ouvrit sur l'emplacement de la grande cour , une fois les bâtiments démolis , les jardins détruits , les clôtures abattues et les fossés comblés un important marché aux chevaux . Chaque samedi 1000 à 2000 chevaux changeait de propriétaires . Ce lieu était devenu l'endroit privilégié de duels sanglants , comme celui qui eut lieu en 1578 , entre trois  mignons d'Henri III contre trois partisans d'Henri de Guise qui se solda par autant de morts ou de blessés  graves que de participants . Devenu une véritable cour des miracles car le vieux parc à moitié abandonné , servait de repaire aux vagabonds et escarpes installés à proximité des fossés  de l'enceinte de Paris ( enceinte de Charles  V ) d'où ils pouvaient aisément gagner la campagne !!!  Henri IV décida de fermer le marché aux chevaux  en 1605 . Dans un premier temps il souhaitait y installer une une manufacture de luxe , mais comme Paris n'avait ni place , ni carrefour important qui puisse servir de lieu de fête et de promenade , Henri IV décide de transformer la place du marché aux chevaux en Place Royale . Sa construction , dont le plan semble devoir être attribué à Androuet du Cerceau et à Claude Chastillon , s'étalera de 1605 à 1612 date à laquelle elle sera inaugurée à l'occasion des fiançailles de Louis XIII et Anne d'Autriche par un grand carrousel dirigé par Pluvinel  . Des cavalcades , des carrousels , des tournois , des jeux de bagues et même des duels s'y déroulaient

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La Place Royale fut rebaptisée  Place des Vosges en 1848 en l'honneur du département des Vosges , le premier à s'être acquitté de l'impôt sous la Révolution Française . Cette magnifique place nous est parvenue , miraculeusement , presque dans son état d'origine !!!

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  DE 1605 à 1633   

     Le marché aux chevaux occupe désormais le revers oriental de la butte Saint-Roch ( carrefour des rues Molière et de l'Echelle , rues qui se trouvaient sur l'ancien chemin de ronde extérieur à l'enceinte de Charles V )  . Ces rues se situent non loin de la rue Saint-Honoré et de l'avenue de l'Opéra .

DE 1633 à 1687

      Le marché aux chevaux déménage pour aller s'installer dans un bastion de l'enceinte de Louis XIII ( dite des Fossés Jaunes ) situé approximativement entre les rues Louis-le-Grand et le boulevard des Capucines .

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                                    ENCEINTE DE LOUIS XIII

 

DE 1687 à 1857

   Le marché aux chevaux quitte alors le centre de Paris pour aller se fixer dans  le faubourg Saint-Victor (entre la rue Duméril et le Boulevard de l'Hôpital ) , au lieu-dit la Folie-Eschalard , où se trouvait déjà un marché aux porcs . Il occupait à cet endroit une longue place rectangulaire de 250 mètres de long et 50 de large s'étendant de l'extrémité nord de la rue du Marché-aux-Chevaux jusqu'au boulevard de l'Hôpital actuel . Il comportait une allée principale et deux contre-allées formées par quatre rangées d'arbres . Des poteaux placés de distance en distance servaient à attacher les chevaux . Une partie était affectée au marché proprement dit , une seconde , à l'essai des chevaux , et une troisième à la vente à l'encan , soit sans garantie des chevaux et des voitures . On y accédait par la rue Copeau ( actuelle rue Geoffroy Saint-Hilaire ) , la Croix-Clamart et la rue du Marché-aux-Chevaux , mais l'entrée des voitures fut reportée sur le boulevard de l'Hôpital , après le percement de celui-ci en 1760 . On édifia cette année là un pavillon toujours existant pour le bureau et le logement de l'inspecteur de ce marché . Celui-ci avait lieu tous les mercredis et samedis , le matin pour les porcs et l'après midi après 15 heures pour les chevaux , les mules et les ânes , le dimanche pour les voitures et aussi les chiens . C'est dans ce marché que l'on donnait le supplice de l'estrapade après qu'il eut cessé de l'être en 1687 sur la place de ce nom . Ce supplice sera supprimé par Louis XVI en 1776 . 

 

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    Pavillon de Police

DE 1857 à 1907       

     Lorsqu'on ouvrit en 1857 le boulevard Saint-Marcel , son tracé recouvrit entièrement l'emplacement du marché aux chevaux . On le déplaça un peu vers le sud . Cela entraîna le 5 mai 1868 son transfert provisoire dans l'enceinte du marché aux fourrages du boulevard d'Enfer ( boulevard Raspail ) . Le nouveau marché aux chevaux fut ouvert en 1877 . Il occupait une grande partie du du triangle délimité par le boulevard de l'Hôpital  et de Saint-Marcel et de la rue Jeanne d'Arc ; avec une entrée principale sur le boulevard de l'Hôpital . Il fut construit par Magne , qui dut faire de grands travaux de soutènement pour l'îlot escarpé compris dans ce triangle . Il ne faut pas oublier que sous  le XIV et XV éme arrondissement se trouve encore les traces de très nombreuses carrières qui furent  exploitées depuis le XVI éme siècle pour extraire du calcaire. Ce dernier d'une grande qualité le " Liais Fran " servait pour la construction d'édifices parisiens .  Les rues Jules-Breton , des Wallons et René-Panhard passent maintenant sur son emplacement .

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 Un lecteur m'a très gentiment écrit pour me faire part que sur cette carte postale figure son grand-père !!! ( voir les commentaires ) . Cette carte postale provient de son remarquable blog sur les cartes postales de Paris . Visitez le et vous y découvrirez de remarquables cartes postales avec une petite explication détaillée pour chacune d'entre elles  . Il s'agit du site " Bastille 91 " . De bonnes heures de découvertes assurées en perspective ...

    Un second marché aux chevaux , dit de La Villette ( à ne pas confondre avec les Abattoirs de la Villette ) , avait été ouvert en 1878 sur l'emplacement des anciennes carrières d'Amérique , mais il n'y resta que peu de temps .

     On peut encore voir , aujourd'hui , les traces du marché aux chevaux du boulevard de l'Hôpital  , comme par exemple, rue Goeffroy-Saint-Hilaire , l'impasse du Marché-aux-Chevaux situé à côté du pavillon de surveillance de ce marché , édifié en 1760 par le Lieutenant de Police Sartine ( pavillon toujours visible de nos jours ) ainsi qu'un immeuble ayant appartenu à un marchand de chevaux . A proximité se trouve la rue de l'Essai . Cette rue reliait la rue Poliveau au marché aux chevaux dont elle était contemporaine ( 1687 ) appelée aussi rue Maquignonne , elle porte depuis 1806 son nom actuel ,dû au voisinage de l'endroit où l'on essayait les chevaux .

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      Ces photos remarquables ont été prises par Charles Marville entre 1850 et 1880 . On a du mal à imaginer aujourd'hui ce qu'était ce Paris du XIXème siècle . Les photos de Charles Marville sont un trésor inestimable pour les historiens et les amoureux du vieux Paris .

DE 1907 à 1976

      En 1907 le marché aux chevaux est transféré rue de Brancion à côté des abattoirs hippophagique de Vaugirard . Un embranchement de la Petite Ceinture permettait l'acheminement des chevaux . Ce marché aux chevaux déclinera après les années 1960 et finira par fermer en 1976 en même temps que les abattoirs de Vaugirard ( hippophagique et généraux ) Voir l'article que j'ai consacré aux abattoirs de Vaugirard sur ce blog .

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                                     Cours du 22 Décembre 1958

   Le Marché aux Chevaux à été conservée , et sous ses halles se tient le samedi et le dimanche  un marché aux livres anciens et aux vieux papiers très fréquenté par les bibliophiles .

 

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Références : " Dictionnaire Historique des Rues de Paris " de Jacques Hillairet ; " Histoire et Dictionnaire de Paris " Alfred Fierro