LE PIETON DE PARIS

Vous faire découvrir des endroits insolites de Paris

20 mai 2009

ÉGLISE NOTRE-DAME- DU-TRAVAIL

      Aujourd'hui je me propose de vous faire découvrir une église très particulière et que bien peu de parisiens connaissent . Il s'agit de Notre-Dame du Travail située 35 rue Guilleminot dans le 14ème arrondissement pas très loin de la Place de Catalogne .

    40180918       DSC06779       3294583829_ec04eea0e2   

   
      Dans le petit hameau de Plaisance situé dans le  village de Vaugirard ( commune rattachée à Paris en 1860 ) se trouvait alors une modeste chapelle , construite en 1835 ,  située au 8 de la rue Texel  connue sous le vocable de Saint -Médard et qui dépendait de Saint-Lambert-de-Vaugirard . Devenue trop petite pour le besoin des habitants du hameau de Plaisance elle fut reconstruite en 1844 . On l'érigera en paroisse le 25 Mars 1848 et pris le nom de Notre-Dame de  l'Assomption  . C'était la plus petite et la plus humble église de Paris ; elle mesurait 18 m de long sur 8 m de large et ne comportait que trois travées , une datant de sa construction , une qui lui fut adjointe en 1858 et une autre en 1865 . Toutes ces travées étaient en bois et en plâtre et ne recevait de la lumière que par des châssis ouverts dans le toit . Elle possédait dans sa cour d'entrée sur un bâti de bois , une cloche prise à Sébastopol  en 1855 , pendant la guerre de Crimée  et offerte par Napoléon III . En Cette cloche sera bénite le 14 juin 1866 par l'archevêque de Paris  Mgr Darbois en présence de l'Empereur , du Prince impérial et de l'Impératrice . Dans l'intervalle , en 1860 , elle avait reçue le  titre de Notre-Dame de Plaisance .

        NDT244g    horloge2651g

          Cloche prise à Sébastopol

   Cette petite église fut dévalisée et convertie en club pendant la commune et son curé arrêté. En 1884 arrive un nouveau vicaire l'abbé Soulange-Bodin qui de distinguera par ses multiples initiatives ( il commence par fonder un " patro " ) . En 1896 il est nommé curé de Notre-Dame de Plaisance  et il décide la construction d'une nouvelle église qui sera dédiée aux travailleurs de toute les classes et qui portera le nom de Notre-Dame du Travail . Cet ecclésiastique sera attentif au monde ouvrier . Il a œuvré pour les enfants déshérités, leur trouvant du travail , tout comme il a trouvé des emplois à la maison pour les femmes d’ouvriers .

      DSC06753      2333471711_28c0678a70      HDR_192021

    Cette nouvelle église fut bâtie  par Jules Astruc , séduit par les nouvelles techniques de la tour de Mr Eiffelpour les très nombreux ouvriers logeant dans le 14ème arrondissement et qui avait la charge de monter et démonter les expositions universelles de Paris . Jules Godefroy Astruc est né en 1862 à Avignon d'un père architecte . Il était le descendant d'une vieille famille juive comtadine installée depuis le XVII ème siècle dans le Comtat Venaissin . Il a été l'élève de Victor Laloux , auteur de la gare de Tours et de la gare d'Orsay qui savait se servir du fer . On doit en outre à Jules Astruc la construction dans le XIII ème de l'église Saint-Hippolyte avenue de Choisy .

              orsay

                    La Gare d'Orsay

  Notre-Dame-du-Travail rend hommage à la condition ouvrière et aux sens que donne le mot travail . L'abbé Soulange-Bodin se plaisait à dire  " L'église doit rappeler  à l'ouvrier son usine afin qu'il se sente chez lui , dans son milieu habituel , entouré de matériaux de fer et de bois  que sa main transforme tous les jours " . Rien de son extérieur , ni de sa façade  en pierre de taille de style roman , ne laisse apparaitre la légèreté  et la clarté de son intérieur . Légèreté et clarté obtenues par l'utilisation d'arceaux  métalliques et de colonnes de fer . Ces arceaux proviendraient de Palais de l'Industrie construit par l'architecte Victor Viel et l'ingénieur Alexis Barrault pour l'Exposition Universelle de 1855 et qui sera démolie en 1899 pour faire place aux Grand et Petit Palais .

                    palaisint

                            Le Palais de l'Industrie

Les murs latéraux , les contreforts ainsi que les murs du presbytère proviennent en grande partie de la démolition de l'abattoir de Grenelle ( en bordure de la place de Breteuil où se trouvait le fameux puits artésien ) . Les murs élevés de la grande nef sont en brique de Bourgogne portées par un pan de fer . Entre les montants verticaux de cette structure métallique , on a encastré les vitraux . Notre-Dame du Travail ayant été terminée peu après l'Exposition Universelle de 1900, les murs des façades furent construites avec des pierres de taille et des moellons récupérés dans divers palais éphémères du Champ-de-Mars. Pour corriger l'accent un peu raide et froid des 135 tonnes d'acier et de fer de la structure métallique nue , toute les chapelles latérales furent ornées de grandes peintures murales du plus pur style " Art déco ou Art nouveau " qui provoquent un effet de fraicheur et de gaîté originale .

     ndt2662g       NDT278g      DSC06770

Autre signe bien particulier , les deux tribunes latérales , couvrant toute la longueur de la nef de chaque coté des chapelles latérales . Ceci n'est pas sans rappeler les églises du Pays basque , d'où est originaire l'abbé Soulange-Bodin . Personne ne parle jamais de la décoration intérieure des murs de Notre-Dame du Travail, et pourtant elle ne ressemble à aucune autre, si on excepte Saint-Jean de Montmartre, que l'on considère un peu comme sa sœur. Or ces guirlandes, si bien restaurées aujourd'hui, appartiennent à l'Art Nouveau, ce mouvement qui bat son plein justement à cette période et qui verra le triomphe de l'architecte Guimard avec ses édicules du Métro. L'Art Nouveau, très marqué par l'influence de Viollet-Le-Duc , se propose, entre autres visées, de réconcilier l'art avec la nature dans l'esprit gothique. Cette invasion de fleurs de notre pays , rien à voir avec les lauriers et les feuilles d'acanthe de l'Antiquité, que nous voyons ici , reflète un idéal esthétique voulant faire bon ménage avec les matériaux nouveaux .

                               346600600TCEtKv_fs

                      Eglise Saint-Jean de Montmartre

  L'aménagement intérieur de l'église se veut résolument moderne et s'intègre parfaitement avec cette architecture métallique . En 1944 un Chemin de Croix est en bois sculpté à été installé dans l'église , commandé par la Père de La Morandais , il est l'œuvre de Christine Audin , jeune sculpteur sur bois . On peut également admirer une magnifique Pieta   et une audacieuse sculpture " la main créatrice " . Ces deux sculptures sont l'œuvre de Michel Serraz ( son père Georges Serraz avait un atelier de sculpture dans le quartier de Plaisance ). Le thème de la main de Dieu portant Adam et Eve a été développé aussi par Rodin  .

       NDT273g       DSC06760        DSC06762

   La statue de Notre Dame du Travail est l'œuvre de Jules Lefèbre , elle fut offerte par les exposants de l'exposition de 1900 . Les vitraux ont été réalisés en 1901 par la Société artistique de peinture sur verre . Seul le vitrail central de la Vierge Marie portant son enfant  provient de l'ancienne église de Plaisance qui se situait dans l'actuelle rue de Texel , enfin l'orgue construit par Haerpfer Théodore et mis en service le 24 décembre 1990 , il remplace un orgue Cavaillé-Coll installé à la fin de la première guerre mondiale et dont le coût de restauration dépassait la valeur de l'instrument .                                        

      NDT184g       NDT236g       DSC06757

      Ne manquez pas d'aller vous promener dans cet agréable quartier de Paris et de visiter cette église unique dans la capitale  .

                   NDT062g

     Bibliographie : Evariste Leufeuvre dont l'exceptionnel documentation de son site internet m'a beaucoup aidé dans la réalisation de cet article , qu'il en soit grandement remercié .

Posté par jacauber à 16:25 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

04 mai 2009

LE BASSIN DE LA VILLETTE

     A l'occasion de son 200 ème anniversaire de sa construction  , je vous invite à découvrir l'histoire du Bassin de La Villette .

  220472   La_barri_re_Saint_Martin_et_le_canal_de_la_Villette__par_Christophe_Civeton__1796_1831_

     Bien que né sous le signe de l'eau , Paris en a cruellement manqué jusqu'aux aménagements du XIX ème siècle . Si l'Empereur Julien peut écrire en 358 que l'eau de la Seine est " très pure et très riante à la vue " , en 1351 une ordonnance interdit  aux parisiens de balayer les rues par temps de pluie afin de ne pas souiller davantage la rivière . L'eau du fleuve , malgré les pollutions innombrables , est toujours utilisée faute de mieux , pour la vie quotidienne des parisiens . La pompe dite de la Samaritaine est installée en 1605 et ne disparaîtra qu'en 1813 !!! En 1169 , Paris dispose de 35 fontaines réparties sur les deux rives ; 15 alimentées par les eaux de Rungis; 9 par celles de Belleville et 11 par celles du Pré-Saint-Gervais. En 1789 chaque parisien ne dispose que de 14 litres d'eau par jour et par personne , consommation qui tombera en 1832 , avec l'augmentation de la population ( environ 600.000 personnes ) à  7 litres d'eau par jour . ( Paris en 1832 - Ange-Pierre Leca )  contre 307 litres d'eau par jour aujourd'hui . On comprends mieux pourquoi cette ville est sale , nauséabonde et en proie à de fréquentes épidémies , dont la dernière importante sera celle du Choléra en 1832 .

                         item1b1

                         La pompe de la Samaritaine sur le pont Notre-Dame

 L'Ourcq et les Canaux

 Dès le XVème siècle le prévôt des marchands est autorisé à capter les eaux de l'Ourcq . Les premiers travaux pour rendre la rivière Ourcq navigable commencèrent en 1632 . Il faut attendre 1676 pour que l'ingénieur Pierre Paul Riquet , le célèbre créateur du canal du Midi , se voit confier par lettres patentes ,  l'étude des travaux de construction  d'un canal amenant l'eau de l'Ourcq à Paris , après un trajet navigable de 107 kilomètres , jalonné de 15 écluses dans le bassin de La Villette. Sa mort en 1680 et celle de Colbert en 1683  en interdisent toute réalisation. Un siècle plus tard , l'ingénieur Jean-Pierre Brullée reprend l'étude de Riquet et met sur pied le tracé définitif de l'ensemble des trois canaux , Ourcq , Saint-Denis et Saint-Martin . C'est le " Y " que nous voyons aujourd'hui dont le nœud central est la gare d'eau encore appelée bassin de partage ou " rond-point des canaux " ( situé après le pont de l'Ourcq ) où convergent le bassin de la Villette, le canal de l'Ourcq (qui amène, de plus de 100 km, l'eau de la rivière Ourcq), et le canal Saint-Denis ( qui, avec une longueur de 6.647,50 m et une pente de 28,45 m, rejoint la Seine à Saint-Denis ) . L'ingénieur adresse un mémoire aux députés de la Révolution . Le but de l'opération est triple : abréger la navigation en évitant les méandres de la Seine , aménager une voir de navigation vers Bondy et Villers-Cotteret et enfin amener de l'eau à Paris par le basin de l'Arsenal . Sur sa lancée et pour plaire aux citoyens Brullée propose en 1790 la construction d'une place sur les ruines de l'ancienne forteresse de la Bastille ; malheureusement une fois encore les travaux seront ajournés , les évènements entraînent d'autres priorités .

       Bonaparte et le Canal de l'Ourcq

 Bonaparte demandant un jour au préfet Chaptal ce qu'il pourrait faire pour être agréable aux Parisiens ce dernier lui répondit : " Donner leur de l'eau " . Il décide donc de  mener à bien le projet de Riquet en construisant un canal amenant à Paris les eaux de l'Ourcq . Il demande à l'ingénieur Emiland Gauthey ( concepteur du canal du Centre )  de se rendre sur le terrain et de lui faire un rapport précis sur l'acheminement des eaux de l'Ourcq à Paris . Le décret du 19 mai 1802 règle définitivement le sort de canaux parisiens après l'étude de ce rapport  . On tergiverse encore pour savoir si les travaux limiteront la captation de l'eau de l'Ourcq à une simple rigole d'adduction ou prendront en compte une voie navigable . Là encore , Napoléon tranchera lui-même la question par la loi du 29 floréal an X , en optant pour un canal-aqueduc et prendra partie pour l'ingénieur Pierre-Simon Girard ( 1765-1835 ) contre ses confrères , pour la création des canaux Saint-Martin , Saint-Denis et de l'Ourcq . Le canal Saint-Martin à pour rôle de relier le bief aval du canal de l'Ourcq , dit aujourd'hui bassin de la Villette à la Seine . Les premières eaux arrivent au bassin de la Villette en 1808 , mais il ne s'agit encore que des eaux de la Beuvronne . Le canal Saint-Denis est inauguré en 1821 , le canal de l'Ourcq est mise en eau l'année suivante et le canal Saint-Martin en 1825 .

 

     DSC06236   DSC06343   DSC06330

  Canal Saint-Martin                 Canal Saint-Denis             Canal de l'Ourq

         b_445  fdsj

  " Chômage " du Canal Saint-Marin

Le bassin de La Villette alimente les deux canaux Saint-Denis et Saint-Martin et fournit fontaines et réservoirs parisiens en eau potable . Le volume d'eau arrivant à Paris passe de 4.000 à 80.000 mètres cubes !!! . A l'arrivée d'Hausmann et de Belgrand sous le second Empire le réseau de distribution de l'eau de l'Ourcq est largement développé . En 50 ans ans , la notion d hygiène s'est considérablement developpée . La médiocre qualité de l'eau de l'Ourcq , sa température variable suivant les saisons et l'altitude peu élevée du bassin de La Villette ne permettant pas une distribution dans les étages élevés condamna les eaux de l'Ourcq à un usage subalterne . Paris partit alors à la conquête de sources lointaines , dont les eaux furent introduites dans un nouveau réseau de distribution parallèle à celui de l'Ourcq . Paris développa une particularité unique au monde : un double réseau de distribution d'eau potable et d'eau non potable . Aujourd'hui les eaux de l'Ourcq alimente le réseau d'eau non potable .    

         572px_Pierre_Simon_Girard    berg_08_058_ourcqu2_876d3     539229_QF328O6AIO7EPL4YCV2S427PJKMU88_9_H050351_L

         Pierre-Simon Girard       Écluse de Lizy-sur-Ourcq         Canal de l'Ourcq     

  Les travaux commencent en 1806 et sont si rapidement   menés que , trois ans plus tard , pour la Fête de l'Empereur , les Parisiens voient l'eau de l'Ourcq jaillir à la fontaine des Innocents aux Halles . Les eaux du bassin de La Villette se déversent dans deux canalisations en fonte de fer . L'une dite " galerie Saint-Antoine " , suit le canal pour aboutir à l'Arsenal , elle sera prolongée sous le pont d'Austerlitz jusqu'aux réservoirs Saint-Victor . L'autre appelée aqueduc de ceinture , rejoint le réservoir de Monceau après un parcours de 4.350 mètres . Trois galeries lui sont annexées , Saint-Laurent , des Martyrs et de Monceau , d'où partent les dérivations qui alimentent les différents quartiers de Paris .

                      fontaine_des_innocents

                                   La Fontaine des Innocents

         Le Bassin de La Villette

                  210___Bassin_de_la_Villette___18

                      Ecluse du Canal Saint-Martin et du Bassin de La Villette

Comme nous l'avons vu précédemment le bassin de La Villette est un vaste canal de dérivation alimenté par l'Ourcq , qui prend sa source , non loin de Fère-en-Tardenois dans l'Aisne . A partir du petit village de Silly-la-Poterie , au lieu dit du Port-aux-Perches au bord de la forêt de Retz , commence la partie canalisée de la rivière . Elle se jette dans la Marne après un cours d'environ 87 km à Mary-sur-Marne , près de Lizy-sur-Ourcq . Les travaux de canalisation ont détournés la rivière  à partie de Mareuil . La majeure partie de son  eau se dirige alors vers Paris en site propre , c'est le canal de l'Ourcq proprement dit , d'une longueur de 96.6 km , construit par Pierre-Simon Girard partir de 1802  . Pour remédier  à la baisse des apports d'eau du canal de l'Ourcq , Girard construira également deux usines élévatrices à Villers-les-Rigaux  et à Trilbardou en pompant l'eau de la marne située en contre-bas de son canal . Celle de Villers-les-Rigaux regorge d'innovations techniques : deux roues en fonte de 10 mètres de diamètre , fonctionnant par siphon, sous une chute d'eau de 2 mètres , actionnent un ensemble de quatre pompes volumétriques qui refoulent 38 000 m² d'eau par jour . L'eau est relevée de 12 mètres environ , dénivellation  séparant la Marne  du canal de l'Ourcq . Celle de Trilbardou est mue par une roue à aubes en sapin de lorraine  , construite par  Alphonse Sagebien ( ingénieur hydraulicien ) de 11 mètres de diamètre et comportant 70 aubes actionnée sous une chute d'eau de 1.30 mètres . Elle tourne à une vitesse de 1.5 tours /minute . Elle entraine un arbre en fer forgé de 11.50 mètres de long possédant un poids de 17 tonnes . En bout de cet axe , un système d'engrenage permet d'actionner 4 pompes .

         USINE ÉLÉVATRICE DE TRILBARDOU

      trilbardou_12       trilbardou23        trilbardou2

    USINE ÉLÉVATRICE DE VILLERS-LES-RIGAUT   

    villers6       villers21      villers23

  Le canal de l'Ourcq sera inauguré le 2 décembre 1808 par Napoléon Ier . Les berges , alors baptisées " petite Venise parisienne ou encore Champs-Élysées de l'Est , attireront les parisiens , les riches bourgeois et les notables de l'Empire , avides  d'air pur  qui en feront un lieu de promenade à la mode . Durant les rudes hivers 1810 , 1816 , 1820  et 1827 ont y patine !!! Le " Journal des Dames " de 1827 mentionne le bassin de La Villette comme rendez-vous chic des parisiens en vue . Le bassin de La Villette est constitué de deux plans d'eau distincts et de largeurs différentes .


    y1pVLloc2oL1ZD4n9E2y4p6cxrMstL024dnUakB5FlKwIMN_lJF2cSZ92JIs7icbN6arlNLWsAAy6vg_xyxWGnsFLkPrXbtr_LS    ourcq1ef9

 La rivière Ourcq                                   Le canal de l'Ourcq


Le Grand bassin 

   Le plus important  , appelé à l'époque " grand bassin" ou " bassin fermé  " à cause des grilles ceinturant ses berges mesure 700 mères de long et 70 mètres de large , prend naissance , après la double écluse du canal Saint-Martin , face à la  Rotonde de La Villette  , ancien pavillon des gardes d'octroi de l'enceinte des Fermiers Généraux construit par Ledoux en 1784 . Cette barrière a servi de caserne de gendarmerie de 1830 à 1860 , puis entrepôts pour le sel , restaurée elle abrite aujourd'hui la Commission du Vieux Paris . Au début du quai de Seine on peut voir un magnifique pavillon édifié pour abriter le Service Central des Canaux et les bureaux de perception des droits des canaux . Un projet à l'étude envisage de libérer ce pavillon afin de lui attribuer un nouveau rôle dans la vie de quartier . La restructuration d'un vaste entrepôt situé sur la darse du fond de  Rouvray , situé à l'extrémité du petit bassin , à proximité du Parc de La Villette permettra d'accueillir les Services des Canaux dans un ensemble plus fonctionnel .

     39466817    DSC07269

  La darse du fond du Rouvray - Le dépotoir de la Villette       

 Ce grand bassin est bordé  de part et d'autre de deux entrepôts identiques provenant de l'Exposition Universelle de 1878 , construits en charpente métallique . Ils ont été récemment transformés tous deux en complexes cinématographique accompagnés de cafés , l'un d'entre eux possède en outre  une gare et l' embarcadère d'une société effectuant des croisières sur les canaux parisiens . Les piétons ne sont pas oubliés puisqu’une passerelle, dite de la Moselle, est jetée pour permettre aux piétons de traverser le bassin en son centre. C’est un pont métallique qui enjambe le bassin et remplace la passerelle en cuivre réalisée par Gustave Eiffel en 1882. Construite en 1885 par l’architecte Armand Moisant, la passerelle, haute de 13 mètres, a une portée de 85 mètres. Devenue vétuste, elle a été remplacée en 1966. Récemment, une halte nautique pour bateaux de plaisance a été aménagée sur la rive droite du grand bassin . Le long du grand bassin sont amarrées des péniches désaffectées qui offrent aux promeneurs des spectacles de théâtre et d'opéra , ainsi que des expositions diverses .

   DSC06224   DSC06213   DSC06206

   546_001   9455_15   DSC06187 

 

    Le pont-levant de la rue de Crimée

 Holid_Inn_10 DSC03840 DSC03843

 C'est le pont-levant de la rue de Crimée qui sépare les deux bassins . C'est le dernier ouvrage de ce genre  à Paris Jusqu’en 1885, le canal de l’Ourcq, qui présente une largeur de onze mètres dans la partie séparant les deux bassins, est bordé des ruines de deux entrepôts incendiés en 1870. L’ancien pont tournant en bois a été remplacé, en 1871, par un pont tournant métallique. Encombrant, il ne laisse, une fois tourné, que 7,80 mètres de largeur pour la navigation. L’intensité du trafic oblige à l’ouvrir 25 fois par jour. Chaque ouverture interrompt la circulation terrestre durant quinze minutes pour le passage d’un bateau à vapeur et une heure pour le passage d’un convoi plus important. Ce goulot d’étranglement devient un véritable problème. Il est décidé de remplacer le pont tournant par un pont levant qui permettra une meilleure circulation terrestre mais aussi fournira l’opportunité d’élargir la passe navigable à quinze mètres. Le problème esthétique a été un aspect important à traiter. En effet, les techniques de l’époque imposaient des superstructures imposantes et, le plus souvent, inesthétiques. C’est le projet de la société « Fives Lille » qui est retenu.

 Le Petit bassin 

    La seconde partie du bassin , plus petit ,  ne fait que 600 mètres de long et trente mètre de large ,  rejoint le rond-point des canaux qui réunissant ceux de l'Ourcq et de Saint-Denis . À l’autre extrémité du bassin, près du pont de Crimée, les entrepôts des Magasins Généraux construits le premier en 1845, le second en 1853, sont réservés au stockage des grains, des graines et des farines. Le premier à être construit est celui de la rive gauche. Mais ses six étages s’avèrent vite insuffisants. Le second est édifié sur la rive droite et relié au premier par une passerelle située à la hauteur du troisième étage. Les deux bâtiments sont rigoureusement identiques, formant un rectangle de 35,80 mètres de large sur 59 mètres en bordure du canal, soit une superficie au sol de plus de 2 000 mètres carrés. Les deux entrepôts sont incendiés en 1871 pendant la Commune de Paris. Ils sont reconstruits en 1884, après les travaux d’élargissement du goulet de communication ouvrant le passage vers le canal de l’Ourcq. Les nouveaux bâtiments n’ont plus que cinq étages au lieu des six des premiers entrepôts. En revanche, la Compagnie des Entrepôts obtient le droit de stationnement contre ses quais des bateaux à destination de ses magasins, transformant cette enclave en port privé . En 1868, la Ville de Paris rachète la concession des canaux de L’Ourcq et de Saint-Denis . L’ancienne compagnie qui en avait la propriété n’a effectué aucun travaux d’entretien et le bassin de La Villette, devenu l’un des principaux ports de fret de France se trouve dans un état de délabrement inquiétant. En 1876, la Ville de Paris entre également en possession de la concession du bassin de La Villette sur lequel elle va devoir effectuer des travaux importants.

8881_14     39462130

 Avec le déplacement des activités portuaires et industrielles du canal Saint-Martin autour du bassin de La Villette entre 1863 et 1866, celui-ci devient un important centre de transit fluvial. Le port de La Villette occupe, en 1882, la quatrième place des ports français, juste derrière ceux de Marseille, du Havre et de Bordeaux. Le trafic de chargement et déchargement s’élève à 1 300 000 tonnes et celui du transit à 610 000 tonnes. Le ré aménagement du port et de ses quais s’impose !!! Le bassin , relié à un réseau de plus de 100 km de canaux très actifs jusqu'au lendemain de la première guerre mondiale , deviendra un important centre de transit fluviual . Les marchandises seront déchargées dans de nombreux entrepôts et dans les deux grands magasins généraux  dont nous avons parlé précédemment . Les ingénieurs Buffet et Durand-Claye superviseront l'élargissement du bassin et la construction de nouveau quais en 1880 . Emile Pereire , puis le banquier Dehavin , dirigeront successivement la Compagnie des entrepôts et magasins généraux . Ces magasins assureront le stockage du bois , du charbon  , du fourrage , des matériaux de construction et autres produits pondéreux destinés à l'économie de la capitale . Le mise en service  des abattoirs et du marché aux bestiaux de La Villette , à la fin des années 1860 , contribuera à la diversification et au développement des entrepôts .

                 Sans_titre_Niveaux_de_gris_01            

   L'activité périclitera progressivement à partir des années 1920 . La disparitions des abattoirs de la Villette en 1973 sonnera le glas des activités portuaires du bassin . Les entrepôts du pont de Crimée fonctionnent jusqu’en 1974 même si, à cette date, seuls les rez-de-chaussée sont encore utilisés pour le stockage du charbon, le sucre et les grains . Les bâtiments sont investis par des artistes qui y installent leurs ateliers jusqu’à ce qu’un nouvel incendie ravage celui de la rive droite en 1990.  Aujourd’hui, l’entrepôt de la rive gauche a été réhabilitée et abrite la base d’initiation au canoë-Kayak et à l’aviron de la Ville de Paris. Celui de la rive droite a été reconstruit par les architectes Chaix et Morel qui y ont créé un hôtel et une auberge de jeunesse . Mais la belle harmonie du bassin est hélas rompue à tout jamais  .

   DSC06320  DSC06329  DSC06322

     Bien avant que les canaux de Saint-Denis et de Saint-Martin ne soient achevés, le bassin de la Villette était un lieu à la mode : les guinguettes y rencontraient alors un vif succès. Durant les beaux jours, les Parisiens s'adonnaient au canotage, aux naumachies (joutes navales), à des concours de pêche .  Le bassin de La Villette va retrouver aujourd'hui  sa destination première à la grande joie des parisiens .

 

   DSC03822   DSC06182  DSC06285

Posté par jacauber à 12:36 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1