Avec les beaux jours revenus , pourquoi ne partiriez-vous pas à la découverte de l'énigmatique  Château de la Reine Blanche qui se trouve bien caché derrière la Manufacture des Tapisseries des Gobelins , entre les rues Berbier du Mets , Gustave Geoffroy et la rue des Gobelins ( ancienne rue de la Bièvre ) et dont la Bièvre sera recouverte en 1912. C'est une des rares demeures médiévales encore visible aujourd'hui à Paris . Une fois encore vous ne le regretterez pas !!!

 

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Château de la Reine Blanche en 1898                Rue des Gobelins en 1865

 

 

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                                               Rue des Gobelins en 1865                                 

 

  Le Château de la Reine Blanche

    La veuve de Saint Louis , Marguerite de Provence , se fit construire en 1290 , sur le chemin allant de l'Oursine au moulin de Croulebarbe une résidence où elle se retira jusqu'à sa mort en 1295 , âgée environ de 74 ans . On a pensé que cette maison royale avait ensuite servi de lieu de retraite à sa fille Blanche de France avant qu'elle ne prenne le voile au couvent des Cordelières situé tout à coté  , soit à Blanche d'Évreux , la veuve de Philippe VI de Valois . On a même pensé que cette Reine Blanche avait pu être la mère de Saint-Louis Blanche de Castille ce qui est de suite à rejeter car elle est morte en 1252 , donc bien avant la création dans ce quartier du couvent des Cordelières dont le voisinage aurait pu l'attirer . Enfin il y a eu bien d'autres " Reines Blanches " , le blanc ayant été jusqu'à Catherine de Médicis la couleur de grand deuil portés par les reines au cours de leur veuvage .

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   En fait ce que l'on a appelé le Château de la Reine Blanche ( Hôtel de la Reine Blanche à l'époque ) était une agréable maison située sur les bords de la Bièvre qui appartint successivement à la comtesse de Savoie , Alix de Méranie , morte en 1279 , puis à sa petite fille Blanche de Bourgogne femme de Charles IV le Bel  ( fils de Philippe IV le Bel ) , l'une des héroïne de la tour de Nesle qui mourut en 1325 . On raconte que cet hôtel fut témoin d'une tragédie qui failli couter la vie au roi Charles VI , elle est connue sous le nom de " Bal des ardents " . Le 28 janvier 1393 à l'occasion du remariage de l'une de ses dames d'honneur  Catherine de Hainserville , allemande comme elle , Isabeau de Bavière , femme de Charles VI , donna un bal costumé dans " hostel de la Reyne Blanche " qui suivant la tradition devait être suivi d'un charivari . Le roi Charles VI et cinq de ses gentilshommes se déguisèrent en sauvages , masqués et revêtus d'une tunique enduite de poix et recouverte de plumes et d'étoupe . Malheureusement le frère du Roi le duc Louis d'Orléans eut le funeste idée d'approcher son flambeau pour voir lequel des ces sauvages était le Roi et il mit malencontreusement le feu à l'un d'eux , l'incendie se communiqua aux autres !!! Par chance le souverain fut sauvé par sa jeune tante la duchesse de Berry qui l'enveloppa de son manteau . Quatre de ses gentilshommes déguisés en sauvages enchaînés périrent carbonisés  . Un de lecteurs favoris , excellent historien , me fait remarquer , à juste titre , que les travaux  récents laissent à penser que cette tragédie s'est en fait  déroulée à l'Hôtel Saint-Pol , résidence royale de Charles V et de Charles VI , située près du Quai des Célestins . Merci à ce monsieur de me permettre de faire cette petite mise au point , qu'il en soit grandement remercié .

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                                                  Charles VI Le Fol

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                                               HÔTEL SAINT-POL 

 

    Après ce drame l'Hôtel de la Reine Blanche fut démoli en 1404 par ordre du Roi .Il fut reconstruit en à la fin du XVéme ou au début du XVIème siècle . Depuis le XVème siècle est installé dans ce quartier deux grandes familles de marchands teinturiers en écarlate , celle des Gobelins dont le premier membre Jean Gobelin s'était installé sur les bord de la Bièvre en 1443 , et celle des Canayes . Ce furent les membres de ces deux familles , d'ailleurs souvent apparentées , qui possédèrent  successivement cet hôtel et son voisin ( au n°19  )  jusqu'à ce qu'ils fussent vendus en 1572 par Jehan Canaye à Michel  Charpentier avec ses ateliers de teintures de drap . Le n°17 à été restauré au XVIIIème siècle . Ce coquet petit château situé au bord de la Bièvre devient un brasserie et le siège d'un club jacobin en 1790 , puis une tannerie . Au N°19  la maison  date de la fin du XV où du début du XVIème . Elle est remarquable avec ses vieilles fenêtre à meneaux et ses deux étages de caves superposées . Elle offre une tour faisant saillie sur la façade sur cour , quelle partage en deux ailes .Elle possède également un admirable escalier à vis d'un seul morceau sur toute la hauteur de la cage d'escalier . Il semble que cette maison et la maison voisine du N°17 ont fait jadis partie de la même propriété à savoir une teinturerie au N°17 et d'autre part une maison d'habitation au N°19 , ensemble appelé la Folie-Goubelin dont parle Rabelais dans son Pantagruel .

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    Suite à diverses successions , ventes , changements de propriétés et partage , l'îlot fut morcelé et sa destination initiale résidentielle devint industrielle . La proximité de la Bièvre qui coulait rue des Gobelins favorisa l'implantation de nombreuses teintureries , huileries et tanneries . Toutes ces petites industries disparaîtront petit à petit lors de la couverture de la Bièvre en 1912 .  Laissés à l'abandon ces anciens bâtiments ont échappé de justesse à une démolition presque certaine grâce à une magnifique rénovation entreprise entre les années 2000 et 2002 , d'après des documents de l'époque , permettant ainsi  de recréer la dispositions des cours et bâtiments telle qu'elle existait au XVIIème siècle . Quel dommage que beaucoup d'anciens bâtiments parisiens si riches en histoire n'aient pas connu le même sort et finirent sous la pelle et la pioche des démolisseurs , Puisse cette belle réalisation servir d'exemple !!!   

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