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                                              Église des Billettes 

  L'église des Billettes et son magnifique cloître sont fort peu connus des parisiens . Partons ensemble à la découverte de leur passionnante histoire . Cette église se trouve non loin de l'Hôtel de Ville de Paris au 24 rue des Archives , nom donné car elle longe les Archives Nationales . C'est le seul cloître datant du Moyen-âge à Paris . 

      La rue des Archives 

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    Cette rue résulte de la fusion de plusieurs rues . Entre la rue de la Tixeranderie ( absorbée par la rue de Rivoli en 1852 ) et de la Verrerie : la rue des Deux Portes , appelée en 1281 , Entre-Deux-Portes car elle se trouvai entre deux portes qui la fermait à ses extrémités . Elle prendra au XVIIème siècle le nom de rue de la Galiace . Entre la rue des Blancs Manteaux et Rambuteau se trouvaient les rues des Deux-Portes , des Billettes , de l'Homme-Armé et du Chaume ( ancienne rue de la Porte-du-Chaume ) . Ces quatre rues reçurent en 1890 le nom de rue des Archives au nord . Les rues du Chaume , du Grand Chantier , des Enfants-Rouges et de Molay ( rue ouverte en 1800 sur l'emplacement de l'hôpital des  " Enfants rouges " , ce nom était celui du dernier grand maitre des Templiers ) reçurent à leur tour en 1874 le nom d'Archives . Cette rue fut prolongée en 1848 jusqu'à la rue Dupetit-Thouars . 

     L'église des Billettes  ( Ref. le remarquable site " Histoire du Marais " )

      Le miracle de l'hostie profanée  

   L'église des Billettes est construite à l'emplacement de la maison d'un juif nommé Jonathas . Le récit le plus ancien de cet épisode est un texte latin en prose datant de 1322 environ et conservé aux Archives nationales. Il raconte qu'une femme chrétienne avait mis ses plus beaux vêtements en gages chez un prêteur juif de la rue des Jardins (future rue des Billettes, puis rue des Archives) . Elle veut les récupérer lors des fêtes de Pâques 1290, mais n'a pas l'argent nécessaire. Le prêteur juif accepte de les lui rendre en échange d'une hostie consacrée . La femme chrétienne se rend à la messe à l'église Saint-Merri et conserve sous la langue l'hostie de la communion qu'elle apporte au prêteur juif . 

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                                                         Le miracle des Billettes

   Ce dernier poignarde l'hostie qui se met à saigner. Devant sa femme et ses enfants épouvantés, il continue à la martyriser, répétant la  Passion du Christ : il veut la percer avec un clou, la flagelle, la jette au feu, tente de la découper, mais toujours l'hostie demeure intacte et continue à saigner. Pour s'en débarrasser, il la jette dans l'eau bouillante qui rougit ; le Christ apparaît et le prêteur juif s'enfuit. Une voisine, intriguée, entre chez lui, recueille l'hostie et la porte à l'église Saint-Jean-en-Grève. L'évêque fait comparaître le prêteur juif qui est condamné à être brûlé en place de grève, tandis que sa famille se fait baptiser (ci-dessus et ci-contre : Paolo Ucello, Le Miracle de l'hostie, prédelle, vers 1465-1469, Urbino, Palazzo ducale) . On sait effectivement d'un juif fut jugé à Paris en 1290 pour la profanation d'une hostie, mais des sources semblent indiquer qu'il se soit converti et donc qu'il n'ait donc pas été mis à mort ... 

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                  Le miracle des Billettes - Vitraux rouennais du XVIème siècle 

   En 1294, un bourgeois de Paris, Régnier Flameng, obtient du roi Philippe le Bel et du pape Boniface VIII  qu'une chapelle soit construite à l'emplacement de la maison du prêteur juif. Cette chapelle est appelée "maison des miracles". Elle est confiée aux Hospitaliers de la Charité Notre-Dame, confrérie séculière créée par Guy de Joinville dans le diocèse de Chalons en Champagne, dévouée au soin des malades. Ils étaient également appelés "billettes" peut-être en raison de leur scapulaire en forme de billette ( figure héraldique en forme de rectangle ) c'est-à-dire de pièce d'étoffe rectangulaire. Le couvent s'agrandit grâce à l'achat et à la donations des maisons voisines. En 1346, ces clercs qui n'appartenaient à aucun ordre furent rattachés à l'ordre de saint Augustin. En raison des exhaussements de la rue des Archives , l'église était devenue souterraine si bien qu'en 1408 on construisit au-dessus une nouvelle église, tandis que dans l'ancienne église on enterrait les religieux du couvent (ci-dessous : plan de Paris par Belleforest, vers 1550 ; le nord est à gauche, les Billettes sont en vert). Le cloître fut reconstruit après 1427 dans le style flamboyant. A cette époque, la rue s'appelle d'ailleurs " rue où Dieu fut bouilli ". 

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                                                                           Couvent des Billettes 

  Dès qu'ils furent installés, les religieux de la "maison du miracle", qui allait devenir le sanctuaire des Billettes, organisèrent des offices solennels de réparation. Les fidèles affluèrent bientôt dans ce lieu de pèlerinage en tel nombre qu'il fallut agrandir la nef ! En 1427, on adjoignit au sanctuaire un cimetière et un cloître , bien que plusieurs fois modifié et restauré , il le seul cloître médiéval parisien qui ait survécu jusqu'à nos jours. Ce cloître est doté de belles arcades à voûtes flamboyantes .

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                                                    Cloître des Billettes 

   En 1633, l'église fut prise en charge par les Carmes de l'Observance de Rennes, dit Carmes-Billettes. C'est en 1742 que les Carmes-Billettes se décidèrent à relancer la reconstruction de leur église. Leur nombre était passé de 14 au XVIIe à 50 au milieu du XVIIIe. Ils firent appel en juin , à l'architecte Jacques Hardouin-Mansart de Sagonne (1711-1778), dernier des Mansart et petit-fils de Jules Hardouin-Mansart, qui venait d'être désigné le mois précédent par Louis XV pour la construction de l'église Saint-Louis de Versailles , Le projet ne fut repris qu'en 1752 et approuvé définitivement en janvier 1753 . Son auteur n'est pas précisé. La reconstruction de l'église eut lieu, non de 1753 à 1756 comme on le prétend trop souvent, mais de 1754 à 1758 . Nul doute que le projet final avait repris tout ou partie des solutions envisagées par Mansart de Sagonne . À la Révolution, l'église et le couvent sont désaffectés et vendus à des particuliers .

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                                            Eglise des Billettes 

  En 1808, l'empereur Napoléon autorise la Ville de Paris à acquérir l'ensemble des bâtiments pour les affecter au Consistoire de l'Église luthérienne. C'est donc en 1808 que l'église luthérienne s'installe dans ses locaux . L'aménagement intérieur de l'église date pour l'essentiel de l'Empire et du règne de Louis-Philippe, sauf l'autel et le lutrin de création contemporaine. L'orgue a été réalisé entre 1982 et 1983 par le facteur d'orgue Mülheisen . De nombreuses manifestations culturelles se succèdent toute l'année tant dans le cloître que dans l'église ( expositions diverses , concert d'orgue et récitals de musique classique et moderne ) . 

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  Ne manquez d'aller découvrir ce remarquable édifice religieux et son cloître lors de l'une de vos promenades dans le quartier et , pourquoi pas aller assister à un concert dans ce cadre magnifique  !!!