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                                                  La Prison Sainte-Pélagie 

  Je me propose aujourd'hui de vous faire découvrir la passionnante histoire la Prison Sainte-Pélagie , aujourd'hui disparue , et souvent mentionnée dans la littérature à cause des personnalités célèbres qui y furent incarcérées . L'entrée de cette ancienne prison se trouvait  Place Sainte-Pélagie , aujourd'hui Place du Puits-de-l'Ermite dans le Vème arrondissement face à la grande Mosquée de Paris en lieu et place du petit square  du Puits-de-l'Ermite , aujourd'hui square Robert Montagne . Sainte-Pélagie possédait également une autre entrée au 56 rue de la Clef . Cette prison occupait les anciens bâtiments du couvent de Sainte-Pélagie fermé à la Révolution . 

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      Sainte Pélagie - Martyre à Antioche (+ v. 302)

   Au début de la persécution de Dioclétien vers 302, les soldats se présentent au domicile de sainte Pélagie qui n'a que 15 ans. Elle est seule et ils viennent l'emmener car elle est chrétienne . Devant leur attitude dont elle sait que cela risque de se terminer par un viol avant d'être menée au tribunal  . Pélagie , écrit saint Jean Chrysostome, imagina une ruse si habile que les soldats n'en sont pas encore revenus . D'un air calme et gai , feignant d'avoir changé d'avis , elle les prie de la laisser se retirer un moment , juste le temps de revêtir la parure qui convient à une nouvelle épousée . Ils n'y voient aucun inconvénient . Elle sort posément de la chambre , monte en courant sur le toit de la maison et se précipite dans le vide . C'est ainsi que Pélagie déroba son corps à la souillure , qu'elle délivra son âme pour lui permettre de monter au ciel et qu'elle abandonna sa dépouille mortelle à un ennemi désormais inoffensif  ".

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         Dioclétien           Antioche (ruines romaines)         Sainte-Pélagie 

   Dans les textes hagiographiques on découvre qu'il y avait une autre Sainte-Pélagie qui semblerait être un doublet de la vierge martyre d’Antioche, datant de la fin du IIIe ou du IVesiècle : la légende hagiographique couvre d’anonymat son existence réelle .Mais la transmission à travers traducteurs et copistes a nourri la curiosité attachée à son travestissement comme signe d’une conversion efficace , d’autant que Pélagie représente au départ la féminité charnelle poussée à l’extrême , comme la populaire Marie l’Égyptienne . Pélagie mène une existence dissolue dans sa ville d’Antioche avant sa rencontre avec Dieu et, par le biais du travestissement , trouve la voie de sa pénitence dans la vie d’ermite . On ne sait pas exactement à quelle sainte il est fait référence dans l'attribution du nom de couvent de Sainte-Pélagie . 

    Le Couvent de Sainte-Pélagie 

  Cette communauté religieuse fut fondée par Mme Beauharnais de Miramion ,fondatrice de la communauté des Miriamones . En 1661 elle avait rassemblé dans une maison du faubourg Saint-Antoine une demi-douzaine de de filles "débauchées" qu'elle réussit à mettre sur une meilleure voie . Secondée par la duchesse d'Aiguillon , elle obtint du Roi en 1665 , l'autorisation  d'établir son "refuge" dans des bâtiments situés face en face de la Pitié rue Coupeau ( rue Lacépède aujourd'hui ) . Ce "refuge" fut soumis à l'administration de l'Hôpital Général , les femmes qu'il reçut y furent enfermées de force . Elle créa également un autre "refuge" dans une maison du faubourg Saint-Germain puis à coté elle créa un une seconde communauté qu'elle appela " Sainte-Pélagie " . Elle y recevait également des recluses volontaires venues se repentir et des des jeunes filles des filles placées par autorité de justice suite à des lettres de cachets envoyées par leurs familles . Le "refuge" et Sainte-Pélagie étaient dirigés par par 60 religieuses . Les détenues de caractère rebelle étaient dirigées vers la Salpêtrière . Sainte-Pélagie était une passerelle entre les Madelonnettes réservée aux filles et aux femmes de grande condition et la Salpêtrière destinées aux femmes ordinaires .  

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          Mme Beauharnais            La Salepêtrière                   Les Madelonnettes 

      La Prison Sainte-Pélagie 

    En 1792 la Révolution ferme le couvent Sainte-Pélagie et converti tous les bâtiments en prison . Les concierges d'alors  Bouchard et sa femme firent partir tous les prisonniers au moment des massacres de Septembre . Dénoncés et arrêtés ils ne durent leur salut qu'au 9 thermidor avec la chute de Robespierre et la fin de la Terreur .  C'est à partir du vote sur la loi sur les Suspects ( septembre 1793 ) que Sainte-Pélagie devint une importante prison politique pour les personnes des deux sexes . De 1793 à 1797, ce fut une prison politique, pour des condamnations inférieures à une année . Environ 350 hommes et femmes sont enfermés dans de petites cellules sombres , humides et malsaine de six pieds carrés éclairées par une étroite fenêtre garnie de barreaux . Une paillasse jonchée d'un matelas accompagné d'une misérable couverture en lambeaux servent de meuble . Le concierge s'enrichit aisément en fournissant un minimum de confort et de denrées vitales , comme il aimait dire : " Ici on a rien pour rien " . Parmi les personnes enfermées à Sainte-Pélagie on peut citer parmi les plus célèbres : Mme Roland , les actrices du Théâtre-Français restées fidèles à la Monarchie , la Françoise-Thérèse de Choiseul ( princesse de Monaco ) , le comte de Laval-Montmorency , Françoise de Beauharnais le sœur ( belle sœur de Joséphine )  , la comtesse du Barry , le peintre Hubert Robert et son ami le poète Jean-Antoine Roucher , Simone Evrard la maîtresse de Marat et Albertine Marat sœur du révolutionnaire . Un grand nombre de ces prisonniers furent guillotinés . Ainsi elle recevra tous les « exclus » de la grande Révolution (en premier les royalistes, en dernier les républicains) .

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          Madame Roland                   Hubert Robert            Jean-Antoine Roucher 

    La prison Sainte-Pélagie fut utilisée après la Révolution d'une part de 1797 à 1831 comme prison pour les jeunes gens ,  garçons dits à la "correction paternelle" , dans la proportion d'environ un vingt-cinquièmede , de 1797 à 1834 comme prison pour les débiteurs insolvables ( prison pour dettes ) , les hommes détenus pour dettes dans la proportion ordinaire d'un quart à un tiers et des condamnés à un emprisonnement plus ou moins long et une prison pour les condamnées dans des affaires de mœurs . La mortalité annuelle moyenne de 1815 à 1818 est d'un détenu sur 24,48 . Agrandie après la Révolution par l'adjonction d'un nouveau pavillon dit « pavillon des princes », elle fut totalement réorganisée, le 15 mars 1831, par le préfet de police Vivien . 

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                                                 Prison Sainte-Pélagie 

    En plein coeur de Paris Sainte-Pélagie est un établissement hors du commun , où l'on circule librement , où l'on reçoit des dames , où l'on joue à cache-cache , aux cartes ou aux dominos . Certaines cellules sont même transformées en salles de réunion politique où l'on débat tout en déjeunant . Tant sous la Monarchie de Juillet  que pendant la Commune , c'est dans l'enceinte de la prison de Sainte-Pélagie que se retrouvent bon nombre d'opposants aux différents régimes en place . Citons pêle-mêle parmi ces pensionnaires célèbres : Raspail , Proudhon , Delescluze , Barbès , Lamennais , Jules Vallès , Arago , Courbet , Armand Carrel , Auguste Blanqui , Berryer , Pelletan , Clémenceau , Cladel , Honoré Daumier , Cavaignac , Aristide Bruant , la comtesse du Barry , Gérard de Nerval et Vidocq parmi tant d'autres . On peut citer Dumas qui écrivait : "Effectivement, Sainte-Pélagie , finit par ressembler, en mieux, à un quelconque Bottin mondain » !!! 

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                                               La vie à Sainte-Pélagie 

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          Gustave Courbet          Proudhon et ses enfants         Auguste Blanqui

   Un souterrain qui partait d'un hôtel particulier , construit en 1761 pour le docteur Etienne Pourpour du Petit , situé au n°7 de la rue Lacépède ( ancienne rue des Coupeaux ) possédait dans son jardin un souterrain long de 18 mètres communicant avec la prison Sainte-Pélagie . Il permit l'évasion le 12 juillet 1834 de 28 détenus dont Marrast rédacteur à la " Tribune " , de Godefroy de Cavaignac rédacteur à la " Réforme " , de l'avocat Berryer compromis dans un procès politique  et aussi du général Sarrazin pousuivi pour trigami et propriétaire un temps de cet hôtel particulier . Il existe alors à cette époque un pavillon carré dit « le pavillon des Princes » haut de 4 étages, construit en bordure de la rue du Puits-de-l'Ermite  dont les  fenêtres supérieures plongent sur le  Jardin des Plantes par-dessus les toitures de l'Hôpital de la Pitié ( détruit en 1912 ) . L'entrée de la prison avait été transférée sous la Restauration dans la rue du Puits-de-l'Ermite et son ancienne entrée rue de la Clef avait été murée . 

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               Hôtel particulier 7, rue Lacépède                         Hôpital de la Pitié 

  En 1898, le Conseil Général de la Seine décide de fermer les prisons de Sainte-Pélagie, Mazas et de la Roquette pour les remplacer par les prisons de la Santé et de Fresnes . La prison de Sainte-Pélagie ferme ses portes en 1903 et fut détruite en 1912. Il n'en reste plus aucun vestige de nos jours . 

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           La Grande Roquette                     Mazas                               La petite Roquette 

   Voici une anecdote qu'un lecteur m'a fait parvenir concernant cette prison , qu'il en soit ici grandement remercié .

      " Sainte-Pélaie est une prison ou vécu une grande histoire d'amour entre le geôlier Albert Rothstein et Edith Chaley . Albert Rothstein était un homme bon qui traitait les prisonniers avec diligence et bonté alors ses collègues l'on trainé dans la boue . Ils ne voulaient plus lui parler . Alors son amoureuse alla discuter avec les autorités de la prison et ceux-ci obligea Albert a ne plus la fréquenter . Par la suite Albert se suicida faute de retrouver son grand amour . "